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Le Grand Paris, métropole en germe

Vaste projet de mobilité et d'urbanisme, le Grand Paris Express ambitionne de transformer une région atomisée autour de la capitale en une constellation aux multiples centres dynamiques. Utopie ou vision, qu'en est-il sur le terrain ?

Saint-Germain-en-Laye.
Saint-Germain-en-Laye. (Valerio Vincenzo/Hans Lucas)

Par Michèle Warnet

Publié le 18 sept. 2018 à 17:03

Le Grand Paris existe-t-il ? Pas formellement, mais il est sur les rails. Déjà, le 15 septembre, les visiteurs pourront entrer dans la halle de 1.600 m2 de la Fabrique du métro, à Saint-Ouen, pour découvrir les équipements des stations de son projet-phare : le Grand Paris Express. Essentiellement sous-terrain, ce « supermétro » va serpenter, à travers l'Ile-de-France et ses 12 millions d'habitants, sur 200 kilomètres de lignes ferroviaires automatiques, ponctuées de 68 gares. C'est le plus grand projet urbain d'Europe. Mais il ne devrait pas être achevé avant 2030 au plus tôt, hormis certains tronçons en lien avec les Jeux Olympiques de 2024.

« La zone » et les « fortifs »

Il a fallu environ trente ans pour construire le métro parisien. Du moins dans sa configuration « intra-muros » actuelle. A l'époque, dans les années 1900, la capitale était encore entourée d'une enceinte sécuritaire, érigée par Thiers au milieu du XIXe siècle, les fameuses 'fortifs'. Pour éviter de créer un appel d'air en provenance de la « zone », cette bande de terre inconstructible investie par les plus pauvres, la capitale choisit d'arrêter son réseau ferré souterrain à ses portes... Celles-ci tomberont progressivement à compter des années1920.

« Les choses ne vont jamais assez vite pour un territoire enclavé comme le mien », constate Olivier Klein, maire de Clichy-sous-Bois. « La boucle complète des lignes 15 et 16 devait être livrée avant les JO. Si l'échéance de 2024 est maintenue, la ligne sera en fait ouverte après. C'est dramatique », déplore celui qui a vu la ville s'embraser en 2005. Enfant du cru et élu municipal depuis 1995, il reste cependant optimiste, car « en vingt ans, les relations entre Paris et sa banlieue se sont profondément transformées, dans le sens positif ».

Dans l'ombre de la capitale

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En créant des liaisons orbitales, reliant les confins de son territoire sans passer par la capitale, le Grand Paris Express (GPE) rompt radicalement avec les politiques précédentes de développement en étoile des transports franciliens, comme le RER lancé dans les années 1970.

« On a tendance à ne considérer que Paris et à voir une tache qui s'agrandit autour. Mais il y a des lieux qui ont des histoires aussi importantes que Paris. C'est une constellation », plaide Philippe Panerai, architecte et urbaniste, qui a travaillé pour la société du Grand Paris de 2008 à 2015.

Quand bien même châteaux, parcs, plans d'eau et friches réhabilitées sont pléthore et qu'un simple Pass Navigo y donne accès en transports en commun, le patrimoine de la région parisienne peine, en effet, à briller. Ainsi, la basilique de Saint-Denis, écrin de l'histoire des rois de France et au pied du métro, ne voit que quelque 130.000 visiteurs par an, quand sa rivale du Sacré-Coeur en compte 10 millions.

La nouvelle banlieue

« Ce qui est étrange, c'est que, quand on dit 'Grand Paris', on sous-entend tout le territoire, sauf la capitale finalement », s'amuse Valerio Vincenzo, l'auteur de ces photos, Napolitain de naissance et Parisien d'adoption.

De là à penser que « Grand Paris » est un nouveau nom pour faire oublier celui, médiéval et connoté, de banlieue, il n'y a qu'un pas. D'un point de vue étymologique, « banlieue » désigne un terrain d'une lieue autour d'une ville, soit la distance que peut parcourir un humain à pied en une heure. S'y exile alors tout ce dont la ville a besoin, au quotidien, pour fonctionner sans lui faire de place pour vivre entre ses murs : élevage, tannage, maraîchage et tout le « petit peuple » qui va avec.

Selon l'Observatoire des déplacements à Paris de 2016, près de 3,2 millions de banlieusards s'y rendent quotidiennement. Faisant de la capitale une mère nourricière qui épuise ses ouailles. Une étude menée la même année par Malakoff Médéric sur la qualité de vie et la santé au travail révélait que 57 % des Franciliens mettent plus d'une heure à rejoindre leur bureau contre 35 % pour le reste des Français.

L'objectif du Grand Paris est de briser ce mauvais sort. Par exemple, le GPE devrait placer la station Pyramides, située au coeur de Paris sur la ligne 14, à 34 minutes de Clichy-Montfermeil sur la future ligne 16, contre le double aujourd'hui.

VIDEO. La Fabrique du métro lève le voile sur le Grand Paris Express

Ville de demain

Mais cela ne suffira pas. « L'emploi et l'éducation restent les deux grands problèmes sur ce territoire et fonctionnent ensemble », souligne Philippe Panerai. Selon l'Insee, le taux de chômage en Seine-Saint-Denis frôle les 12 % au premier trimestre 2018, tandis que celui de Paris est 5 points en dessous, autour de 7 % - les autres départements franciliens oscillant à plus ou moins 2 points de celui de la capitale.

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Attirer des profils internationaux

Issue du plan d'aménagement et d'organisation générale de la région parisienne des années 1960, la ville nouvelle de Cergy-Pontoise n'est pas incluse dans les plans du Grand Paris, mais bataille pour rester dans la course en engageant un important aménagement de son centre-ville. Son président de communauté d'agglomération joue la carte des profils internationaux mobiles à l'heure où des entreprises et des institutions partent de Londres. « Pour ces 'Brexiters', Cergy, c'est Paris, et c'est à 30 minutes de l'aéroport de Roissy », justifie Dominique Lefebvre.

Quant à l'éducation, observe Philippe Panerai, « la région crée des pôles universitaires qui rayonnent à l'international. En cela, le Grand Paris existe déjà », affirme-t-il. Regroupant 15.000 étudiants et 1.200 chercheurs, la Cité Descartes à Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne) se projette comme un « MIT » (Massachusetts Institute of Technology) français sur le thème de « la ville de demain »…

A terme, la Société du Grand Paris table pour l'Ile-de-France sur un supplément de PIB de 100 milliards d'euros et la création de 115.000 emplois.

« Dans les deux sens »

Tiraillé entre deux forces contraires, l'avenir du Grand Paris est encore à écrire entre la dépendance à la capitale, dont il porte le nom, et son nécessaire affranchissement pour faire valoir ses propres atouts, attirer et créer de la valeur.

Ce territoire périphérique, qui offre une juxtaposition de bucolique et d'urbain, pourrait offrir l'oxygène qui manque à un Paris congestionné, à la densité proche de 21.000 habitants au km2 - la plus élevée des villes occidentales, loin devant New York et Londres. Améliorer la mobilité et renforcer l'attractivité entre la capitale et sa banlieue : « Le Grand Paris sera réussi si cela marche dans les deux sens », résume Olivier Klein.

Michèle Warnet

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